28 juin 2007

Le nucléaire n'est pas la solution à la crise climatique

0fcf9473a297605fc7422ebe2f22d4a6.jpgAvant même de rencontrer les principales organisations environnementales pour le Grenelle de l'environnement, Alain Juppé, bref ministre d'Etat chargé de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durable, affirmait qu'il n'existe pas de «solution sans le nucléaire». Cette position inflexible confortait les partisans du nucléaire répétant inlassablement : «Le nucléaire ne produit pas de CO2». Il convient de répondre à certaines contrevérités largement répandues.

S'il est effectivement peu émetteur de gaz à effet de serre, le nucléaire ne représente que 2% de la consommation finale d'énergie dans le monde, il ne permet donc d'économiser qu'une infime part des émissions de gaz à effet de serre. Seule la construction immédiate de plusieurs milliers de réacteurs dans le monde, notamment dans des régions géographiquement et politiquement instables, permettrait au nucléaire de jouer un rôle face à la crise climatique. L'exemple iranien et bien d'autres dans le monde, rappellent chaque jour qu'un usage civil du nucléaire peut mener au nucléaire militaire.

De plus, en confondant habilement énergie et électricité, les férus du nucléaire se gardent bien de rappeler que les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre, comme les transports ou l'agriculture, utilisent bien peu d'électricité! Dès lors, le nucléaire ne saurait être d'une quelconque utilité dans la réduction de CO2 et autres gaz incriminés.

D'autre part, le nucléaire ne garantit pas l'indépendance énergétique de la France. L'uranium utilisé dans les centrales est importé dans sa totalité et les stocks sont limités à une durée d'environ 70 ans. Si le monde entier, à l'exemple de la France, se jetait dans l'impasse nucléaire, cette durée se réduirait à 10 ans.

Le chantage à l'emploi autour du nucléaire est aussi un dangereux alibi. Alors que nos partenaires qui sortent du nucléaire créent un grand nombre d'emplois dans les énergies renouvelables et la maîtrise de l'énergie, la France ignore ces marchés du futur. Elle refuse ainsi de créer des emplois durables, non-délocalisables et équitablement répartis sur le territoire. Une réelle volonté politique qui ferait le choix de l'efficacité énergétique pourrait potentiellement réduire notre consommation énergétique de 50% sans altérer notre confort. La fin du gaspillage est la seule véritable garantie de notre indépendance énergétique. En concentrant plus de 90% des subventions publiques allouées à l'énergie, le nucléaire se rend même coupable de priver les alternatives existantes des moyens qu'elles nécessitent pour constituer une réelle solution face à la crise climatique.

Dépassé, anti-démocratique et coûteux (bien au-delà des prix indiqués sur les factures EDF), le nucléaire bénéficie d'un acharnement thérapeutique qui s'opère au détriment des réelles attentes des citoyens, mais aussi et surtout, des générations futures.

Il est une autre politique plus réaliste. Nous pouvons choisir la fin du gaspillage, les énergies renouvelables et le développement soutenable pour notre pays. Les études à l'appui d'un scénario alternatif au nucléaire ne demandent qu'à être mises en oeuvre. Faut-il encore avoir le courage, l'intelligence et la responsabilité de sortir des schémas du siècle passé!

Par Cécile DUFLOT, Secrétaire nationale des Verts.

 

29 mai 2007

T’as voulu voir Grenelle

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Ils en avaient tellement envie ! Eux, les écologistes, les zozos, ceux qui veulent s’éclairer à la bougie, ceux dont la classe politique française ricane depuis trente ans, et voilà que not’ nouveau président les reçoit en petites pompes à l’Elysée ! Et leur dit tout ce qu’ils voulaient entendre : en octobre prochain, les gars, j’organise un « Grenelle de l’environnement ». Oui, Grenelle, comme en mai 68 ! Et on parlera de tout, « sans tabous »…

 

Et, attention, on se fixera des objectifs précis, chiffrés, sur cinq ans, ça sera du concret, du solide, pas du bla-bla. D’ailleurs, c’est l’aimable Juppé, avec sa tête de converti à l’écologie, qui va s’occuper de tout, lui et son Grand ministère du Développement durable. Affriolant, non ? Alors les neuf présidents d’associations écolos (de Greenpeace à WWF en passant par les Amis de la Terre) sont sortis de l’Elysée ravis.

« Une rencontre historique », a dit l’ami des oiseaux Bougrain Dubourg. « On met enfin de côté nos petits préjugés », dit Nicolas Hulot. Quels préjugés ? En février dernier, l’Alliance pour la planète, qui rassemble 71 associations de défense de l’environnement (dont celles qu’a reçues Sarkozy lundi), avait examiné à la loupe et noté les programmes des candidats : avec 8,5 sur 20, Sarko avait écopé d’une des pires notes écolos.

Il faut dire que l’homme « qui va faire ce qu’il dit » l’avait très nettement dit : il voulait bien tout mettre sur la table, sauf…

Sauf le nucléaire : pas question d’un moratoire sur l’EPR.

Sauf les OGM : pas question d’arrêter les essais en plein champ.

Sauf les autoroutes : pas question de cesser d’en mettre partout.

Et puis pas question non plus de déranger les tenants de l’agro-industrie qui ont fait de la France un champion mondial des pesticides, et de ses rivières parmi les plus polluées d’Europe.
Pas question, même si toutes les villes de plus de 100 000 habitants sont désormais abonnées aux pics d’ozone et de gaz carbonique (24 jours par an en moyenne) et qu’une étude de l’Inserm vient de prouver que les gaz d’échappement rendent vraiment les enfants malades (asthme et eczéma), pas question de s’attaquer à la bagnole.

Pas question non plus d’énerver nos amis chasseurs. Ni l’ami Bouygues, qui continue de couvrir la France d’antennes relais. Ni l’ami Proglio, qui trouve que 158 incinérateurs (record mondial) ne suffisent pas vraiment. Etc. Bref, si quelqu’un a de « petits préjugés » sur l’écologie, c’est bien Sarkozy !

Et justement : aujourd’hui, les Verts sont dans les choux, et l’écologie politique à la ramasse. Avant les législatives, il essaie donc de rafler la mise en montrant que, plus Vert que lui, y a pas, même à gauche. De là à croire qu’à peine élu il a de nouveau « changé »…Ah, un détail : le « Grenelle de l’environnement », qui devait avoir lieu en septembre, est repoussé à la première quinzaine d’octobre. Cas de force majeure : Nicolas Hulot doit finir un tournage pour TF1.

Jean-Luc Porquet

Le Canard enchaîné du 23 mai 2007

23 mai 2007

Grenelle de l’Environnement : attendons de voir !

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Dès son installation, le gouvernement a réuni les grandes ONG environnementales pour préparer un " Grenelle de l’Environnement ", sous les baguettes conjointes du Président Nicolas Sarkozy et du Ministre de l’Environnement Alain Juppé.

 

Nous ne pouvons apprécier cette rapidité d’intention et les objectifs élevés annoncés, mais espèrent que ce nouveau gouvernement dépassera l’effet d’annonce et le calcul électoral manifeste. M. Juppé, comme premier ministre ou comme maire de Bordeaux n’a pas le meilleur bilan dans le domaine de la protection de l'environnement, loin s’en faut. Les Verts craignent de constater que la parole devant les associations sera contredite sur le terrain par les décisions prises : contournement autoroutier de Bordeaux, aéroport de Notre Dame des Landes, aide au maïs irrigué dans le Marais Poitevin, incinérateur à Fos (13) etc… Nous le savons, les lobbies " polluants " et pétroliers parviennent souvent à atténuer voire annuler ce qui pourrait atteindre leurs intérêts. M. Juppé saura-t-il leur résister ?

En attendant, Nous faisons confiance aux associations invitées pour ne pas cautionner une politique " gadget " mais bien réorienter les politiques publiques. Ils notent que ces associations, toutes reconnues (1), sont des interlocuteurs compétents pour aider le gouvernement à infléchir la politique de l’Etat dans le bon sens. Ces associations, avec lesquelles les Verts travaillent depuis longtemps, avaient pour la plupart plébiscité les propositions de Dominique Voynet lors de la dernière campagne présidentielle. Ces propositions sont reprises par les candidats Verts aux élections législatives.

Les Verts attendent donc les premières mesures pour juger de la sincérité de la démarche, et restent vigilants sur les contradictions éventuelles entre discours et actes.

 (1) A noter toutefois l’absence du Réseau Sortir du Nucléaire. Déjà révélateur d’un parti pris dans le domaine des énergies ?